ARNE QUINZE AU BURNING MAN

Juré du Workshop We Love Green 2016, l’artiste tout-terrain Arne Quinze a l’imagination aussi dense que l’immensité de ses installations. Ce belge au caractère bien trempé aime désenclaver l’art des salles d’exposition et enrobe ainsi les villes de nuées de bois. Chicago, Miami, New York, Bruxelles, Arne Quinze pose ses sculptures éphémères aux quatre coins du monde. En 2006, il s’est arrêté à Black Rock City pour assister au festival Burning Man et présenter sa pièce Uchronia qui comptait pas moins de 150km de poutres en bois. Nous l’avons rencontré afin qu’il nous raconte cette expérience mémorable. 

Pourquoi utilises-tu des planches de bois pour édifier tes pièces ? Et surtout, où vas-tu les chercher?
Arne : Pour moi, le bois est un matériau très chaleureux. Celui que j’utilise vient d’un bois qui a été spécialement planté pour être coupé. Donc le bois qu’on achète est replanté, c’est un bois contrôlé, c’est très important. Puis, nous recyclons à 100% nos installations. Burning Man, c’était un cas à part car on a brulé notre sculpture mais on a donné le même montant de bois aux victimes de Katrina pour qu’elles se protègent.

14237436532424_80be05b01b3c29807fc3d53dba4a0922

Quel message souhaitais-tu transmettre à Burning Man avec Uchronia?
Arne : C’est un lieu de rencontres, un lieu de connexions où l’on peut se poser des questions. L’art est toujours représenté derrière quatre cloisons bien fermées où viennent un petit pourcentage de personnes alors qu’avec mes installations extérieures tu touches plus de monde. Je veux poser ces questions là et mettre les gens en contact direct avec ces installations monumentales qu’ils ne savent pas contourner. Ils sont obligés de se connecter ou de se demander « Qu’est-ce-que je fais là?« , « De quoi ai-je besoin?« .

Elle fait écho à ton installation The Passenger.
Arne : Oui, toutes mes grandes installations sont sur la même thématique.

Comment s’est passé le montage en plein désert malgré la chaleur et les bourrasques de vent?
Arne : Toutes mes installations sont calculées par des ingénieurs et j’ai monté cette pièce avec mon équipe de toujours donc on sait très bien ce qu’on fait. C’est surtout la préparation avant qui compte plus que le montage de la sculpture en elle-même. Pendant 4 semaines, nous étions 60 à la monter sous 40 à 50C° sans ombre ! Mais après, nous nous sommes installés dans notre campement et on a bien profité du festival.

14237436952737_152960f70010a2dc9c509ae87b434bcc

A la fin du Burning Man, toutes les constructions sont brûlées, c’est un rituel. Peux-tu me raconter ce moment particulièrement émouvant?
Arne : C’était dur car on a passé du temps à la monter dans des conditions difficiles, c’est le désert. On a mangé, bu et dormi dans cette sorte de sable (NDLR : Silice). C’était vraiment pas facile de monter Uchronia avec l’équipe donc il y a eu une grande émotion quand on l’a vu brûler. Puis à la fin, on n’a même pas eu le temps de bien profiter de cette pièce car après avoir fait la fête pendant 4 jours dedans, on a du la brûler.

Comment vous-êtes-vous organisés pour brûler cette immense construction?
Arne : On a travaillé avec des pyromanes pour créer des bombes de feu. Je voulais que l’installation brûle partout en même temps pour qu’elle s’effondre en un ensemble, donc il y a eu un calcul de fait très précis. Puis, quand j’ai mis le feu, il y avait un périmètre de 130 mètres autour avec plus ou moins 60 000 personnes dans un silence complet. A ce moment là j’étais écrasé entre l’énergie des gens et celle de la sculpture qui se consumait.

1423743702298_588f65569bd20f53476e3b09888dfeae

Quel souvenir gardes-tu des festivaliers qui naviguaient autour d’Uchronia ?
Arne : En fait, c’est devenu un village, les gens étaient dedans. C’était aussi grand qu’une cathédrale donc les gens passaient en dessous, parfois il y avait 2000 personnes à l’intérieur. C’était immense. Il y avait de la musique, il se passait plein de choses.

Comme quoi?
Arne : Il y avait des gens qui venaient s’installer en silence comme dans un temple. Ils s’asseyaient en dessous pour profiter le jour du désert et, la nuit, tout le monde faisaient la fête. Il y avait même des véhicules mutants qui rentraient dedans.

Un artiste est toujours en perpétuelle évolution mais est-ce que le Burning Man t’a changé?
Arne : Chaque installation est pour moi un pas en avant, une remise en question. On ne fait qu’évoluer, qu’explorer à chaque instant de création. C’est un mouvement permanent.

Suite à cette expérience, quels sont les conseils que tu pourrais donner aux jeunes designers qui vont participer au Workshop We Love Green?
Arne : Surprenez-moi ! Il y a tant de belles choses dans le monde qu’il faut être original. Et même dans l’originalité il faut trouver des idées qui surprennent les autres. C’est ce qu’il faut arriver à obtenir : la surprise !

Retrouvez Arne Quinze sur Facebook et Instagram.

Charlotte SarrolaARNE QUINZE AU BURNING MAN