La Ruche Qui Dit Oui

Mis en ligne depuis un an et demi, le site laruchequiditoui.fr remet au goût du jour le plaisir de consommer de bons produits fermiers et de rencontrer les producteurs qui les fabriquent, dans 150 points en France. Sur le festival We Love Green, la famille Rochefort réveillera vos papilles avec leurs jolis paniers de produits frais, sur leur stand Locavore, où vous pourrez venir chercher vos paniers pique-nique, à pré-réserver, en édition limitée ! Nous avons rencontré Guilhem Chéron, fondateur de ce concept, afin qu’il nous explique son fonctionnement.

WLG : La ruche qui dit oui ! qu’est-ce que c’est ?
Guilhem Chéron : C’est un site qui a été construit pour faciliter au plus grand nombre l’accès aux produits fabriqués localement par les agriculteurs, et qui soit le plus ouvert possible, le plus souple possible pour s’adapter à plusieurs façon de vivre. On veut leur permettre de rentrer dans les réseaux pour pouvoir vendre via internet.
WLG : On a du mal à imaginer des paysans on-line !
GC : C’est vraiment notre défit principal ! Du coup, on rencontre beaucoup les producteurs pour adapter au maximum les outils proposés. C’est un vrai travail de fond et ça marche très bien. Après, c’est souvent la nouvelle génération d’agriculteurs, plus baignée dans l’univers du net, qui utilisent nos outils.
WLG : Quelle est votre philosophie ?
GC : C’est la simplicité et la qualité. Les produits sont vraiment gustativement forts. Moi, je viens du milieu de la cuisine, je me fournis sur les marchés dans les magasins bios, et même pour moi, la rencontre avec les produits fermiers a été une révélation. Puis ce sont des produits qui ne nécessitent pas vraiment une cuisine compliquée car ils sont à la base très bons. C’est aussi une manière de consommer plus tranquille car on a le temps de choisir.
WLG : Votre mission est donc de ré-apprendre aux gens à mieux consommer et les ré-éduquer à manger une alimentation de qualité, n’est ce pas ?
GC : C’est un meilleur moyen de consommer puisqu’on voit les producteurs, on est en contact direct. C’est une vision du réel, une relation avec le réel, ça crée des liens. C’est une expèrience complète. Mais ré-éduquer, non. C’est un mot qui fait peur et on part du principe que tout passe par le plaisir. Je ne suis pas trop dans la moralisation car l’être humain fonctionne par le plaisir, même si il y a une morale quelque part, car l’alimentation c’est social puisque ça impacte la façon de manger et de produire. L’idée est vraiment de proposer une expérience complète à la fois de praticité et de plaisir. Il y a une vraie valeur à rencontrer les producteurs car il se passe des choses profondes. Dans la rencontre en elle-même et dans la manière dont on perçoit l’aliment. On est plus attentif et plus économe quand on achète de cette manière là, on  jette moins, d’autant que le gaspillage alimentaire est un vrai problème. Aux Etats-Unis, ils jettent 50% des produits frais et je pense qu’en France ce n’est pas beaucoup mieux.
WLG : Vous prôner le modèle d’un circuit court, est-ce la solution ?
GC : C’est un problème complexe. Quand on enlève des intermédiaires, on enlève des métiers et l’idée est de se dire que certains intermédiaires servent plus que d’autres. C’est la simplification qui permet le système court. Nous, c’est du circuit court, à tous les niveaux, légalement, juridiquement, c’est un fonctionnement direct. Ce qui particularise notre point de vue, c’est de proposer des outils et de développer la technologie des outils toujours plus évoluée pour donner de la force à leurs organisations. Un véritable outil d’autonomisation, tout en partant du principe qu’il y a dans la société une volonté profonde de fonctionner autrement. Mais n’oublions pas que la force des ruches, ce sont les producteurs et les consommateurs, ce sont eux qui les animent. Nous restons très en recul. Habituellement, les entreprises veulent contrôler une image, nous, nous créons des règles du jeu très claires et les producteurs produisent eux même. Quand il y a des transformateurs, nous savons exactement d’ou viennent les produits, personne n’achète et ne revend, nous sommes très attentifs même au niveau du service de la protection de l’hygiène. On fait attention à ce que les producteurs soient des professionnels mais après, on n’est pas là pour intervenir. Là, on va ouvrir un blog, Les Agités du Local, où on va réfléchir sur cette question de l’agriculture de proximité avec des intervenants car c’est un problème complexe et intéressant.
WLG : N’avez vous pas l’impression de court-circuiter les principes de vente de la grande distribution ?
GC : La grande distribution, c’est toute une histoire, toute une époque et toute une énergie à laquelle la société a adhéré après la guerre. Pour moi, ca ne fonctionne pas du tout, l’agro-industrie est une catastrophe et la grande distribution est la suite logique de tout ça. Parfois, la grande distribution bio vient nous embêter et certains des AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne. NDLR) alors que l’on a des producteurs qui bossent avec les deux. On veut créer une variété, une diversité justement. La biodiversité économique c’est aussi important !
WLG : Comment va se concrétiser votre action sur le festival We Love Green ?
GC : Nos producteurs des ruches parisiennes vont distribuer des paniers avec nos produits frais dedans. C’est la famille Rochefort, une famille d’agriculteurs dans la Beauce, à Pathai. Le père et le fils cultivent, ce sont de vrais commerçants car ce n’est pas facile d’être producteur et commerçant. Yves, le père, adore raconter son métier. Puis, ils expérimentent plein de choses, ils sont entrain d’implanter le quinoa dans la Beauce, c’est une première ! Ils sont visionnaires. Ils cultivent bio dans la Beauce, ce qui n’est pas simple et influencent aussi les autres agriculteurs. Sur le festival, ils vont délivrer des paniers pique-nique. On est fier de les aider à se connecter à ce genre d’événements.
WLG : C’est pour cette raison que vous avez choisi de participer au festival ?
GC : Oui, une de nos missions c’est de connecter le monde paysan avec internet, mais aussi avec toute l’émergence collaborative et les événements qu’il peut y avoir comme We Love Green, un festival développement durable avec une programmation vachement contemporaine. L’agriculture est profondement ancré en nous tous, on le voit avec l’émergence de l’agriculture urbaine.
WLG : C’est d’ailleurs la grande thématique du festival.
GC : Je ne vois pas l’agriculture urbaine comme une solution pour s’alimenter. Pour nourrir toute la population de l’Ile-de-France, il faudrait cultiver sur un cercle de 200 000 km de diamètre ! Pour nourrir une personne il faut 2 hectares de terres agricoles. Donc l’agriculture urbaine n’est pas une solution mais bien plus le témoin d’une inquiétude archaïque, se nourrir et cultiver. C’est d’ailleurs très interessant car c’est une mouvance importante en ce moment, une sorte de reprise dans le conscient liée à la fondation de l’humanité. Et c’est pour ca que l’on intègre les paysans dans des évènements comme celui-ci.
WLG : Penses-tu que des initiatives comme We Love Green participe à influencer durablement les mentalités au sujet de l’environnment ?
GC : Je suis assez pessimiste sur la capacité de notre espèce à changer notre facon de faire. On est loin d’être civilisé. Ce qui change la civilisation, c’est la pensée politique et philosophique et pour le moment la planète n’est pas sur le bon chemin de pensé. Je pense profondément que notre société est fatiguée par la consommation, il y a une déception. Ce qui est important c’est l’hédonisme, l’épicurisme, et après, on ne peut pas avoir une vision globale, collective du problème qu’est le réchauffement climatique, c’est un peu le graal d’avoir une conscience absolue là-dessus. Donc tant mieux si on arrive à créer des initiatives, des petites poches de conscience, à expérimenter des nouvelles façons de faire par rapport à la consommation. En vision collective, j’ai peu d’espoir car je pense que ça ne dépend pas de nous et qu’il vaut mieux profiter du temps présent. Et il n’y a pas mieux qu’un festival de musique qui véhicule une autre façon de faire pour donner une autre perception de la vie.

Pensez à réserver votre panier pique-nique, qui seront en édition limitée, sur le stand Locavor de la famille Rochefort. Ici.

Publié dans Food | Bookmark | Par Charlotte Sarrola

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