P.R2B - We Love Green

P.R2B

Tout était là, très tôt. « Musique-cinéma, cinéma-musique », une énergie brute, des images qui claquent, le goût du beat et du chant qui jaillit. Tout était là très tôt, chezP.R2B.

Le son, d’abord : Pauline Rambeau de Baralon (« Rambo» pour les intimes) grandit à Bourges entre des cours de clarinette, le blues d’un père guitariste, la musique classique (qu’elle aime « surtout quand elle est musclée ») et la chanson française, dont les images fantasques la fascinent autant que l’irrévérence de Eminem, TuPac ou Dr Dre.

Les images, ensuite. Ce sont vers elles que Pauline se tourne. Ado, elle dévore les classiques à la cinémathèque, reste marquée à vie par Truffaut, Godard, le Jeanne d’Arc de Dreyer ou Easy Rider, pour leur virtuosité formelle alliée à un déchaînement des sens et des émotions, et se rêve Ellen Ripley de Cameron à la conquête de l’espace.

Après un lycée option cinéma et un passage au cours Florent, elle fait ses armes pendant quatre ans à la Femis, dont elle sort avec un diplôme de réalisatrice.

La musique n’est jamais loin : P.R2B chante dans un duo garage, convoque l’âme du mythique jazzman Moondog dans l’un de ses courts métrages, et surtout, compose, sans cesse, seule dans son home studio. Longtemps, ses morceaux restent cachés. Jusqu’à ce qu’un single obsédant, Ocean Forever, aux synthés ondoyants comme la mer en hiver, n’apparaisse en 2017 sur une compilation de La Souterraine, plaque tournante de l’underground francophone. Ce titre et son clip font parler d’eux, P.R2Best vite repérée et s’entoure, et des concerts propulsent son talent unique : ceux

qui ont eu la chance de la voir aux Etoiles, à Paris, ou aux Bar en Trans, fin 2018, se souviennent encore de sa présence, intense, de l’étendue de ses influences (de Léo Ferré à Casual Gabberz) et de sa façon de marier poésie et BPM comme si c’était une évidence. L’expérience de la scène, « cet endroit où ça brûle» pousse P.R2B à mettre définitivement ses chansons en pleine lumière. Reste à étoffer l’écrin lo-fi qui les a vues naître, sans pour autant en perdre la vitalité.

C’est Tristan Salvati (Angèle, 47 ter) qui, après l’avoir contactée sur Instagram, se charge de l’aider à leur donner ce « coeur chaud » qu’elle recherche tant. Ensemble, ils le trouvent en travaillant sur les contrastes : un beat gabber frénétique éclabousse la mélodie de La Piscine, tube immédiat dans lequel on plonge en dansant. Un groove hédoniste attrape par les hanches le texte coup de poing de Des Rêves, où « les ruesd’Hollywood se fendent en deux / les stars au coude а coude et les pauvres au milieu.»Des hautbois, clarinettes et autres vents, essentiels et quasi-omniprésents, « habillentd’une robe couleur de spleen » le romantisme de La Chanson du Bal, premier titre à venir en janvier 2020, ou de velours le flow-fusée de Qui sont les coupables?.

Puis il y a ces couples qui dansent, se séparent sur le quai d’une gare, des surfeurs, des naufrages, du chaos et des bagarres : quand Pauline ne filme pas d’images, elle les met dans ses textes, et l’on en perçoit l’atmosphère, les ombres et les lumières, aussi bien qu’au cinéma. L’impact de ses mots doit aussi bien à Barbara qu’à Kanye West, à Tyler the Creator qu’à Catherine Ringer : de ce contraste naît toute leur modernité.

Quant à son lyrisme, il ne s’embarrasse pas d’ironie : « Je ne peux dire qui je suis qu’en pleurant, en riant, en tremblant. Nous vivons une époque où les gens sont en colère, on ne peut pas la leur enlever. Il y a là une idée de radicalisme, de combat. La sincérité, entrer en déflagration, ce n’est pas désuet. Accepter de dire je, c’est accepter de dire nous. » C’est cette rage mêlée d’espoir qui irrigue les chansons de P.R2B. Elle transparaîtra aussi dans ses clips, qu’elle réalisera elle-même. « Musique-cinéma, cinéma-musique », P.R2Bn’a plus à choisir.

« Je m’arme », dit-elle dans La Piscine… Tout est là, désormais. Prêt à être entendu, partagé, et à s’enflammer.